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Interview de Johannes DELAIR de DJ Knowledge SAS : Aligner logistique et performance commerciale en B2B

Bonjour Johannes, pour commencer, pouvez-vous vous présenter ainsi que DJK Audit Consult, et expliquer en quoi votre activité de conseil en développement commercial B2B vous amène à travailler précisément sur l’alignement entre logistique et performance commerciale ?Bonjour, je suis Johannes...

9 avril 2026 10 min de lecture
Interview de Johannes DELAIR de DJ Knowledge SAS : Aligner logistique et performance commerciale en B2B

Bonjour Johannes, pour commencer, pouvez-vous vous présenter ainsi que DJK Audit Consult, et expliquer en quoi votre activité de conseil en développement commercial B2B vous amène à travailler précisément sur l’alignement entre logistique et performance commerciale ?

Bonjour, je suis Johannes DELAIR, dirigeant de DJ Knowledge SAS, une société de conseil et d’accompagnement stratégique. J’interviens sur des problématiques de développement commercial, de structuration d’activité, de gestion de projet et d’aide à la décision, avec une approche très ancrée dans le réel et les contraintes concrètes des organisations.
Dans les missions B2B que j’ai conduites, notamment dans l’industrie et à l’export, j’ai constaté une chose simple : une entreprise peut avoir un bon produit, un bon discours commercial et une vraie ambition de développement, mais si la logistique ne suit pas, la performance commerciale reste fragile.
C’est pourquoi, dans chaque sujet de développement, j’intègre dès le départ la structuration logistique et la réalité opérationnelle dans le diagnostic. Avant de parler prospection ou croissance, il faut s’assurer que l’entreprise est réellement en mesure de tenir sa promesse : livrer au bon moment, au bon coût, avec le bon niveau de fiabilité.
Cette question devient encore plus critique à l’international, où la distance, les volumes et la multiplicité des intervenants renforcent le lien entre logistique et performance commerciale.
Mon approche consiste donc à ne pas dissocier développement commercial et capacité d’exécution. L’enjeu n’est pas seulement de vendre davantage, mais de construire un développement cohérent, soutenable et crédible.

Dans vos missions de prospection et de développement commercial B2B, à quel moment constatez-vous le plus souvent que la logistique devient un frein à la performance commerciale, et comment vous identifiez concrètement ces points de rupture entre promesse commerciale et capacité opérationnelle ?

Dans les missions de développement commercial B2B, la logistique devient rarement un frein immédiatement. Elle le devient au moment où l’on cherche à transformer une opportunité en exécution concrète.
C’est à ce stade que les premiers écarts apparaissent entre ce qui a été promis et ce que l’organisation est réellement capable de délivrer.
Je retrouve trois situations récurrentes.
La première concerne une organisation trop rigide face à un nouveau marché. L’entreprise cherche à reproduire ses standards internes sans intégrer les attentes spécifiques du client.
Un produit peut être parfaitement maîtrisé, mais associé à un conditionnement ou un mode opératoire trop figé, rendant toute adaptation complexe ou coûteuse. L’offre devient alors techniquement valide, mais commercialement inadaptée.
La deuxième situation est liée aux désalignements structurels entre partenaires : incoterms différents, modes de transport incompatibles, organisations qui ne cohabitent pas réellement.
Tant que tout fonctionne, cela reste invisible. Mais au premier aléa, les écarts apparaissent immédiatement.
Enfin, le manque d’observation terrain est un facteur clé.
Valider une organisation “sur le papier” ne suffit pas. C’est dans des phases concrètes — chargement, transbordement, stockage, livraison — que se situent souvent les points de rupture.
Suivre physiquement un flux permet très rapidement d’identifier les écarts.
Au fond, le problème est souvent le même : une promesse construite théoriquement, sans confrontation suffisante avec la réalité opérationnelle.

Pouvez-vous nous décrire un cas client (sans le nommer) où l’optimisation des processus internes – notamment logistiques – a permis de débloquer une nouvelle phase de croissance commerciale B2B ? Quelles décisions ont vraiment fait basculer la situation ?

Au départ, le sujet était perçu comme un problème de qualité produit. En réalité, il s’agissait d’un problème de maîtrise des flux.
Dans un contexte industriel lié à des matériaux de construction, l’entreprise faisait face à des non-conformités répétées. La production était correcte, mais des pollutions apparaissaient entre les phases de stockage, de manipulation et de reprise.
Ces écarts ont progressivement dégradé la confiance client et bloqué le développement commercial.
Le point de bascule a été une reprise complète des processus internes, avec un focus sur la logistique interne.
Première décision : traduire les exigences clients en règles opérationnelles concrètes, avec un protocole et des indices clairs pour chaque étape.
Deuxième décision : mettre en place un système de suivi inspiré du Kanban, adapté au contexte.
Chaque lot était tracé, validé à chaque étape, avec une responsabilisation claire des intervenants.
Troisième élément clé : l’implication des équipes terrain dans la construction du dispositif.
Les résultats ont été rapides : stabilisation de la qualité, réduction des non-conformités, sensibilisation des équipes aux enjeux et retour de la confiance client.
C’est cette fiabilisation opérationnelle qui a permis de relancer la croissance.

Lorsque vous construisez une stratégie d’expansion ou de conquête de nouveaux segments B2B, comment intégrez-vous dès le départ les contraintes et opportunités logistiques (délais, stocks, personnalisation, SAV) dans le discours commercial, les propositions et la négociation ?

Lorsque j’aborde un nouveau marché, j’intègre la logistique dès le départ, au même niveau que le produit.
Le premier travail consiste à identifier les attentes réelles du marché, puis à les confronter aux standards internes de l’entreprise.
Et très souvent, ces standards deviennent un facteur limitant.
Je formule alors clairement les choses : vouloir vendre exactement ce que l’on produit déjà, sans adaptation, revient souvent à se fermer une part importante du marché.
À l’inverse, ajuster le “package” global — produit, logistique, service — permet d’accéder à un potentiel bien plus large.
Il faut distinguer deux logiques :
optimiser l’existant, ou conquérir un nouveau marché.
Dans une logique de conquête, il faut accepter de construire une réponse adaptée, intégrant pleinement la logistique : délais, stocks, flexibilité, service.
Le discours commercial devient alors plus structuré et plus transparent.
On ne vend pas seulement un produit, mais une capacité à délivrer une solution complète.

Vous accompagnez des entreprises très différentes : PME régionales, structures plus complexes, projets multi-équipes… Quelles sont, selon vous, les trois erreurs les plus fréquentes qui empêchent l’alignement logistique–vente B2B, et quelles actions simples vous recommandez en premier pour y remédier ?

Dans beaucoup de cas, la réalité logistique n’est pas complexe. C’est un sujet que l’on n’a pas encore regardé de suffisamment près.
Je retrouve trois erreurs fréquentes.
La première : une mauvaise connaissance des flux internes par les équipes commerciales.
La deuxième : une vision insuffisante des flux intermédiaires (transport, transbordement, stockage).
La troisième : une mauvaise compréhension des conditions de réception chez le client.
Ces angles morts reposent souvent sur des suppositions.
Les actions à mettre en place sont simples.
D’abord, aller voir : suivre un flux de bout en bout.
Ensuite, objectiver : utiliser des outils de suivi (photos, GPS, capteurs).
Enfin, traiter les problèmes sur le terrain, là où ils se produisent.
Un problème logistique ne se résout pas uniquement par un ajustement administratif.
C’est en confrontant les flux à la réalité que l’on retrouve de la performance.

Avec votre regard de consultant terrain et vos échanges réguliers sur LinkedIn, comment voyez-vous évoluer, dans les 3 à 5 prochaines années, la relation entre fonctions commerciales et logistiques en B2B (digitalisation, data, exigences clients, partenariats) et quels nouveaux métiers ou compétences cela va exiger ?

Dans les prochaines années, la relation entre commercial et logistique va se renforcer, sous l’effet des exigences clients, de la réglementation et de la data.
Le développement du passeport numérique des produits va pousser vers une traçabilité complète, intégrant production et logistique.
On pourra suivre non seulement comment un produit est fabriqué, mais aussi ce qu’il a subi tout au long de son parcours.
Cela va faire évoluer la logique actuelle :
on passera d’un modèle réactif à un modèle de pilotage et d’anticipation.
Les équipes commerciales ne découvriront plus les problèmes après coup, mais pourront les anticiper.
Cela renforcera la transparence et la capacité à agir sur les bonnes étapes.
En termes de compétences, il faudra des profils capables de relier données, opérationnel et décision.
Au-delà des outils, c’est surtout une évolution de posture :
commercial et logistique devront partager une même vision du service rendu.

Pour conclure, quel conseil concret donneriez-vous à un dirigeant ou à un commercial B2B qui sent confusément que « la logistique ne suit pas la vente », mais ne sait pas par où commencer pour ré-aligner son organisation et regagner en performance commerciale ?

Le premier conseil que je donnerais, c’est de changer de regard sur la logistique.
Dans beaucoup d’entreprises, elle est encore perçue comme un sujet opérationnel, voire secondaire, alors qu’en réalité, c’est une compétence structurante, au même titre que la gestion financière ou la comptabilité.
Aujourd’hui, aucun dirigeant ou commercial ne remet en cause la nécessité de comprendre ses chiffres, ses marges ou ses équilibres financiers.
À mon sens, il devrait en être de même pour la logistique.
Le premier point, donc, c’est d’accepter d’y investir :
du temps pour comprendre, et si nécessaire des moyens pour se former.
Le deuxième conseil, c’est de ne pas rester seul face au sujet.
Comme on fait appel à un expert-comptable ou à un auditeur, il est pertinent de solliciter un regard externe — consultant, spécialiste, partenaire logistique — pour poser un diagnostic objectif et identifier les axes d’amélioration.
Cela permet souvent de gagner du temps et d’éviter de traiter les problèmes uniquement de manière intuitive.
Dans cette même logique, intégrer des compétences, même progressivement — par exemple via un alternant ou un profil en formation — peut être un levier très efficace.
Cela permet d’injecter des méthodes, des outils et une lecture plus actuelle des enjeux logistiques, tout en impliquant les équipes.
Enfin, un point très opérationnel : s’ouvrir et confronter ses pratiques.
Échanger avec ses partenaires logistiques — transporteurs, prestataires, opérateurs — est un excellent point de départ. Ce sont souvent eux qui ont la vision la plus concrète des flux.
Mais il est aussi utile d’élargir cette ouverture :
participer à des salons professionnels, assister à des conférences spécialisées ou aller observer des organisations plus avancées permet de prendre du recul et de mieux se situer.
Des événements comme LogiMAT Stuttgart donnent, par exemple, une vision très concrète du niveau d’exigence et des solutions existantes aujourd’hui. Même si cela peut sembler éloigné de sa réalité, cela permet d’identifier rapidement des pistes d’évolution.
De manière très concrète, élargir son panel de contacts, confronter ses pratiques, demander des retours — voire inviter un partenaire à analyser une partie de son processus — permet de faire émerger rapidement des points d’amélioration, parfois très simples à mettre en œuvre.
Au fond, le plus important est simple :
ne pas piloter ses flux sur des suppositions, mais sur une compréhension réelle.
C’est souvent à ce moment-là que la logistique cesse d’être un frein… et devient un levier direct de performance commerciale.

Pour en savoir plus : https://www.djk-audit-consult.com/